Les courses à Super U

5ème du jour du 2ème confinement hier…

Canal nous avait informé , sans que l’on ne lui demande rien, que le nouveau décodeur était arrivé! Au relais postal , enfin pas postal avec les chevaux et tout… non au relais colis de Martres, à Super U. Et donc faut y aller…

Sauf que ce n’est pas forcément là ou on va le plus souvent pour faire des courses, car il y a plus près. Allez! les attestations de 10h40 à 11h40… et nous voilà partis. On traverse Roquefort et on va pour prendre le pont au niveau de Boussens et de l’usine BASF. Bon une voiture de flics arrêtée avec un contrevenant apparemment aussi arrêté. Du coup on a filé tout droit direction Mauran. Derrière nous des voitures font pareil. Oui mais bon du coup ça rallonge sacrément. Arrivés à Mauran, on traverse la Garonne et on s’engage à gauche , puis sur l’étroite passerelle qui rejoint la commune et qui enjambe le canal d’amenée à la centrale de Palaminy. Il reste encore le passage à niveau à franchir… on arrive je ne sais plus ou… un embranchement vers la maison de retraite et du coup on contourne la commune, on longe la voie ferrée, et on arrive au rond-point de la station-service en face Super U….

Bilan de l’opération 10 bonnes minutes de perdues… Un peu de stress en plus, car on se disait que « genre », on se fait arrêter par les flics à la sortie de Roquefort, de Mauran ou dans Martres, qu’est ce qu’on va raconter encore? si on dit qu’on va à Super U ils vont pas nous croire… arrivant complètement à l’opposé de notre point de départ…

On fait les courses à fond, l’oeil sur le portable et les minutes qui passent… du coup on ne prend même pas tout ce qu’on voulait… des trucs que l’on cherchait depuis un moment dans les autres magasins, des trucs qui à partir d’aujourd’hui font partie des « non-essentiels »…. et on repart… sans toutes les courses…

Il faut être chez nous à 11h40… il est 11h36 en partant du parking… advienne que pourra! on prend le chemin le plus court, c’est à dire par le pont à Boussens devant l’usine… les flics sont partis… arrivée au village 11h50… on s’engouffre dans la cour… Sauvé! d’un éventuel manche à 135€ X 2…. Pffff franchement quoi! à nos âges nous obliger à faire des conneries pareilles..

Ah! quand l’aventure est au coin de la rue!!! jouer à se faire peur, jouer à cache-cache avec les flics, je vous dis pas …. Vive le re-confinement!

Panouilles …

2012

J’avais 6, 7 ou 9 ans , pas plus je crois car ensuite ça avait été le lycée, ou alors pendant les vacances scolaires…

En tout cas ce devait être à la fin de l’été, à la rentrée des classes. En ce temps là 1958, 59… l’école reprenait au 1er octobre, les vacances d’été duraient 3 mois.

C’était à l’époque ou les maïs dans les champs n’étaient pas encore mûrs. Mes parents, ou mon frère qui était plus âgé, coupaient les hampes au-dessus des panouilles afin que ces dernières grossissent et que les grains soient plus beaux. On gardait la panouille (c’était la fleur femelle) et on coupait l’espèce de plumeau qui montait (la fleur mâle) et qui servait à rien!

Ces hampes bien vertes, bien fraiches, bien vertes on les donnait aux vaches. Il n’y avait pas beaucoup de vaches une dizaine je crois dont deux vaches de trait: une casta et une vache noire , « la negra »… qui se faisait régulièrement rouspéter par ma mère dans l’étable car elle « se mettait tout le temps de travers » . Elle se couchait sur la paille en travers et les autres devaient se serrer…

Nous les enfants on aidait en portant des brassées de hampes de maïs jusqu’au ratelier.

Auparavant bien sûr les vaches étaient rentrées et attachées à la crèche avec de grosses et lourdes chaines. On passait nos petites mains autour du cou de la vache, nos bras étaient trop courts pour en faire le tour, alors il fallait se coller contre la peau chaude de l’animal. C’était impressionnant mais les bêtes nous connaissaient, elles ne bougeaient pas et attendaient sagement que nous ayons enlevé nos bras avant de se mettre à manger. les parents n’étaient pas loin. Les vaches de trait on n’avait pas le droit… elles étaient plus habituées aux adultes.

Elles tournaient leurs mufles vers nous, impatientes de manger. Car ces feuilles fraiches de maïs étaient une vraie gourmandise et elles étaient pressées de les atteindre.

L’étable était une pièce importante dans la ferme. L’hiver c’était l’endroit le plus chaud. Je me souviens y avoir passé des soirées entières avant d’aller dormir. A la faible lumière d’une unique ampoule je lisais ou faisais mes devoirs. Les vaches dormaient, dehors il pouvait venter, pleuvoir, neiger… rien ne pouvait nous atteindre. C’était le bonheur!

J’entends les enfants d’aujourd’hui qui rigolent… Le bonheur sans internet, sans télé, sans Smartphone. Juste quelques animaux, imposants. Les vaches devaient bien peser entre 800 kgs et une tonne, surtout les vaches de trait.

La chambre était contiguë à l’étable. Nous les enfants on dormait pelotonnés sous la couette en duvet de canard. Plus tard, lorsque ma grande soeur s’est mariée, son mari bien sûr dormait avec elle. Il y a un mois, lorsqu’on est passé les voir, il me racontait encore que la nuit il se réveillait en sursaut dans la chambre! Un bruit pas possible! C’était les vaches… qui se tournaient et se retournaient dans l’étable. La Casta dormait contre le mur et elle devait gratter le torchis en se tournant… ou bien c’était les lourdes chaines qui s’entrechoquaient… Nous les mômes ça ne nous réveillait pas!

Caniac du Causse…

Le Lot sous la chaleur…

Le vieux monsieur s’avance
appuyé sur sa canne
très digne il descend
en gare de Cahors

Sa cravate rayée
sang et nuit, sang et deuil,
nous rappelle d’autres trains
d’autres temps…

de la guerre si loin
des compagnons si proches
du maquis
des combats…

Les récits font foison
ses jambes douloureuses
ont arpenté le Causse
il y a de ça longtemps…

du chant des partisans
roulement de tambours
des sonneries aux Morts
hommage à Jean Moulin

Sous les drapeaux qui claquent
y a des hommes qui pleurent

dans la foule insouciante
y a des enfants qui rient
Alors que claudiquant
d’un pas mal assuré
il suit le défilé

Les hommes de la guerre
surmontant leur douleur
le regard embué
bien au-delà des bois
avancent et se souviennent…

Dans leur tête se pressent
souvenirs , fusillades…
aucune nostalgie
de tout ce sang versé…

Dans la foule qui observe
– attraction de l’été –
d’un air indifférent
sous un soleil de plomb
défilent les médaillés…

Sa cravate l’étreint
les blessures se rouvrent

Eux ils avaient 20 ans
auraient pu se moquer
et puis laisser à d’autres
le soin de regagner
cette chère Liberté

Se battant pour qu’on vive
se cachant pour survivre..

Et le drapeau s’abaisse
vers la terre gagnée
et le drapeau se lève
aux airs de Liberté

le train va repartir
usagers anonymes
qui se font bousculer…

la foule qui ignore..
le vieux monsieur ridé
a rangé ses médailles,

et se dit que tant pis…
pour tout ces gens pressés
ça valait bien la peine
de laisser ses vingt ans
dans les sous-bois glacés
de ce Maquis sanglant

Caniac du Causse
3 septembre 2011

Une frontière … Comminges – Ariège

Plus d’une fois je passe la frontière Comminges Ariège. Parfois c’est entre Marsoulas et Betchat ou alors entre Castagnède et Lacave.

Mais qui va en Ariège? question choquante entendue à une des réunions politico – démagogiques concernant le désenclavement de l’Ariège côté Saint-Girons, le Couserans. 25 kms de routes inconfortables, dangereuses, traversant de petits villages.. une Arlésienne qui n’est pas prête d’être résolue… mais qui va en Ariège? demandent les Toulousains… pourquoi aller en Ariège? font écho d’autres chauvins.

L’Ariège. Il faut aller à Autrefois le Couserans à Saint-Girons pour découvrir l’Ariège. L’Ariège généreux, l’Ariège inventif, l’Ariège qui va de l’avant. Ah! êtes vous entrain de dire! avec Autrefois le Couserans, on parle plutôt du passé… certes, un magnifique passé. C’était le week-end dernier. En rentrant de Saint-Girons, fatiguée d’avoir arpenter les rues de la ville, terrassée par la chaleur, je me suis installée un court instant devant la télé. J’ai zappé sur la  3 (je crois) et je suis tombée sur un reportage en direct depuis Lorient et le festival celtique. Rien à dire. Très beau. une région qui défile.

Je me disais pourquoi Autrefois le Couserans ne passe t’il pas en direct, ou différé peu importe, sur FR3 ou ailleurs? deux heures et demi de spectacle vivant avec des gens et des animaux qui défilent.

L’Ariège. Cela fait des années que je reviens régulièrement à Saint-Girons le 1er week-end du mois d’Août. Même en Allemagne en juillet ou ailleurs en vacances, il y a un impératif: il faut être là pour Autrefois le Couserans. Je re-photographie année après année les mêmes tracteurs, les mêmes animaux,… sauf que ce ne sont jamais les mêmes… y a que les touristes à deux balles qui me disent « oui mais t’y es déjà allée l’année dernière, c’est toujours les mêmes tracteurs… »

Ben non c’est pas vrai… c’est ça la force de l’Ariège. Alors oui bien sûr un tracteur de 1953 restera un tracteur de 1953, un cheval est un cheval.

Mais sur le tracteur les générations changent, se succèdent. Ce tracteur il était conduit y a 10 ans par le père, qui aujourd’hui est devenu le grand-père, et le tracteur est conduit aujourd’hui par son fils ou sa fille, avec sur les genoux le petit-fils, fier comme Artaban… demain ce sera lui qui défilera au milieu de la foule.

Et puis les animaux. Les Merens qu’on a fait descendre des estives et qui traversent la ville. Les moutons, les chèvres, les oies…

Et les groupes folkloriques? Aujourd’hui, de l’autre côté de la frontière, quels sont les jeunes qui participent à des groupes folkloriques? il y en a certains, mais dans l’immense majorité ce sont des personnes âgées qui dansent et virevoltent dans des costumes sublimes et chatoyants, mais lourds de laine et de toile. L’Ariège! eux ils ont des écoles avec des enfants, des jeunes qui prennent la relève. Ils étaient là au défilé, sous cette chaleur suffocante, avec des plus anciens. Je me disais en les regardant, quel courage. J’aurais pu dire autre chose: c’est beau, c’est magnifique, car ça l’était aussi. Mais ma première réflexion c’était « quel courage ». Le parcours doit faire dans les trois kilomètres avec des haltes régulières pour danser et jouer de la musique. Je voyais ces vieilles dames souriantes, engoncées dans leur costume, leurs sabots, leurs chaussettes en laine, des fichus sur la tête… il devait faire au moins 35° à 10 heures du matin.

Et les enfants des écoles qui défilaient, jetaient de la farine sur le public, souriaient…

Pourquoi ils ne passent pas sur FR3? peut-être que si demain on les programmait les gens resteraient devant leur télé et ne bougeraient plus de chez eux. Alors on va dire que c’est peut être mieux comme ça.

Pourvu que ça dure. Pourvu qu’on ne vienne pas nous sortir une loi interdisant les spectacles vivants… d’animaux ou de gens…. il faisait chaud mais il y avait le porteur d’eau pour les oies.

Ah et aussi le bouclier de Brennus pour les jeunes rugbymen champions de France. Les touristes ils ne savent pas. Beaucoup ne savent pas c’est bien dommage. Ils l’ont fait. ce n’est pas les Bleus de la télé, mais le courage, l’abnégation, la souffrance c’est pareil.

Pourvu que ça dure, pourvu qu’on ne les décourage pas, pourvu que l’Ariège ne devienne pas comme de l’autre côté de la frontière.

Alors parfois je me dis, tout compte fait, vaut mieux pas qu’ils le fassent ce désenclavement du Couserans… qui sait? des fonctionnaires zélés viendraient dire que non les oies ne doivent pas marcher sur la route, que les moissonneuses batteuses polluent trop, qu’il y a des gens allergiques à la paille, au crottin de cheval, aux autres gens, que sais-je…

Ne changez rien.

Le spectacle est magnifique.

800 bénévoles, sous la chaleur, sous les bottes de foin, dansant et chantant.

Vive l’Ariège!

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